Sommaire

BLOG

27 avril

2026

Volontariat au Cambodge : alternatives éthiques aux orphelinats — entretien avec une responsable d'ONG

Par Camille Roussel Volontariat / Bénévolat No Comments

Sophie Lemaire, responsable ONG française au Cambodge, dans un village rural près de Phnom Penh

Entretien fictif. Cet échange est une mise en forme éditoriale : la personne interrogée est un personnage imaginaire, ses propos ne sont pas ceux d'une personne réelle et aucun chiffre cité ne doit être pris pour une donnée de terrain.

Le tourisme d'orphelinat continue de prospérer au Cambodge, malgré les alertes des ONG internationales et les enquêtes journalistiques. Pour comprendre comment aider de manière réellement utile, nous avons rencontré Sophie Lemaire, responsable d'une ONG française basée à Phnom Penh depuis quinze ans. Elle nous détaille les alternatives éthiques au volontariat dans les centres pour enfants : éducation communautaire, micro-crédit, soutien aux familles. Un entretien nécessaire pour ne plus confondre bonnes intentions et impact réel.
Sophie Lemaire, responsable ONG
Sophie Lemaire, responsable d'une ONG française à Phnom Penh, partage son expertise pour un engagement éthique au Cambodge.
Sophie Lemaire
Responsable ONG aide au développement, Phnom Penh
15 ans d'expérience terrain au Cambodge

Nous avons rencontré Sophie Lemaire dans les locaux de son ONG, un petit immeuble blanc niché dans une ruelle calme du quartier de Toul Kork, à Phnom Penh. Sur le tableau du couloir, des photos de programmes d'alphabétisation côtoient des fiches techniques sur le micro-crédit. La salle de réunion est volontairement modeste : une table en bois, des chaises en plastique, un ventilateur qui peine à rafraîchir l'air d'avril. C'est ici que se décident les missions des volontaires français qui choisissent de s'engager autrement qu'en allant jouer une après-midi avec des enfants placards.

Le sujet de l'entretien est sensible. Le Cambodge a vu exploser le nombre d'orphelinats dans les années 2010, alors même que le nombre d'enfants réellement orphelins diminuait. Beaucoup de centres se sont transformés en attractions touristiques, voire en business. Notre notre alerte sur les orphelinats publiée en 2013 reste hautement d'actualité. Sophie Lemaire connaît ce dossier mieux que quiconque : elle a vu le phénomène se développer, puis se structurer, et elle accompagne aujourd'hui les voyageurs français qui cherchent une voie alternative.

Le tourisme d'orphelinat : pourquoi c'est devenu un problème structurel

Camille : Sophie, pour ouvrir cet entretien, pouvez-vous nous expliquer comment le tourisme d'orphelinat est devenu, au Cambodge, un problème aussi massif ? On parle aujourd'hui de centaines d'établissements concernés.
Sophie : Le phénomène a une histoire précise. Après la guerre civile et le régime des Khmers rouges, le Cambodge a effectivement connu une vague d'orphelins réels dans les années 1980. Des ONG internationales ont alors financé des centres pour les accueillir. C'était légitime. Le problème est venu ensuite, quand des entrepreneurs locaux ont compris qu'un orphelinat attirait des dons, des volontaires occidentaux, et donc de l'argent. Au milieu des années 2000, on voyait apparaître des établissements neufs dans des zones touristiques comme Siem Reap ou Sihanoukville, alors même que le nombre d'enfants réellement sans famille diminuait. L'UNICEF a publié en 2011 une étude qui a fait date : près de huit enfants sur dix vivant dans un orphelinat cambodgien avaient au moins un parent vivant. Les enfants étaient retirés de familles pauvres avec la promesse d'une scolarité, parfois d'un repas. Les parents acceptaient en pensant offrir un avenir à leurs enfants. Une fois sur place, l'enfant devenait l'attraction qui justifiait les dons des touristes. Le drame, c'est que ce système s'auto-alimente. Plus un orphelinat reçoit de visiteurs, plus il a de revenus, plus il peut accueillir d'enfants. Certains directeurs cambodgiens recrutent activement dans les villages pauvres pour remplir leurs structures. Le nombre d'orphelinats a fortement augmenté en vingt ans, alors que la pauvreté extrême a reculé (cartographie MoSVY-UNICEF 2014-2015).

L'impact sur les enfants : séparations, traumatismes, instabilité affective

Camille : Quand on visite un orphelinat en touriste, on voit souvent des enfants qui semblent heureux, qui rient, qui jouent. Cela renforce l'impression de bien faire. Quel est l'envers du décor ?
Sophie : Les enfants apprennent très vite à sourire aux visiteurs. C'est une compétence sociale qu'ils développent par nécessité : un enfant souriant attire des dons, un enfant boudeur n'en attire pas. Plusieurs orphelinats demandent explicitement aux enfants de chanter, de danser, de prendre des selfies avec les visiteurs. Ce n'est pas un jeu spontané, c'est une mise en scène. Sur le plan psychologique, la littérature scientifique est très claire depuis les travaux de John Bowlby dans les années 1950 : un enfant a besoin d'une figure d'attachement stable. Quand un volontaire arrive pour deux semaines, joue avec lui, lui montre de l'affection, puis disparaît, l'enfant subit une micro-séparation. Multipliez cela par cinquante volontaires par an pendant cinq ans : vous obtenez un enfant avec un trouble de l'attachement majeur, qui ne pourra plus former de relations stables à l'âge adulte. Il y a aussi le problème de l'exposition. Des photos d'enfants vulnérables circulent sur les réseaux sociaux des volontaires, sans consentement parental, parfois avec des informations identifiantes. Cela crée des risques réels en termes de protection. Une politique de protection de l'enfance digne de ce nom interdit catégoriquement ces photos.
Erreur fréquente : penser qu'une visite d'orphelinat "juste pour voir" ou "sans donner d'argent" est sans conséquence. Même sans transaction financière, la simple présence de visiteurs incite les directeurs de centres à maintenir des enfants dans une posture de mise en scène permanente, et alimente indirectement le modèle économique du tourisme d'orphelinat.

Pour résumer les différences entre le tourisme d'orphelinat et les alternatives éthiques que Sophie Lemaire recommande, voici un comparatif synthétique :

CritèreTourisme d'orphelinatAlternative éthique
Durée de contact avec l'enfantQuelques heures à quelques jours, rotation constante de visiteursAucun contact direct avec des enfants vulnérables ; intervention auprès d'adultes ou d'écoles publiques
Impact psychologiqueRisque de trouble de l'attachement documenté (Bowlby)Aucun risque d'attachement rompu, l'enfant reste dans son cadre familial
Modèle économiquePlus de visiteurs = plus de dons = plus d'enfants recrutésFinancement de coopératives, écoles ou fermes, sans incitation à recruter des enfants
Transparence financièreRarement de comptes publiés, gouvernance opaqueONG enregistrées, comptes annuels publics, gouvernance mixte
Impact à long termeFaible ou négatif, entretient la dépendanceDurable, renforce les structures locales existantes

Pourquoi les voyageurs continuent malgré les alertes

Camille : Cela fait plus de dix ans que les ONG alertent. Pourquoi le tourisme d'orphelinat continue-t-il à fonctionner aussi bien ?
Sophie : Plusieurs raisons s'additionnent. La première, c'est que les voyageurs partent rarement en sachant qu'ils vont visiter un orphelinat. Ils tombent sur l'offre une fois sur place, dans une agence de tuk-tuk à Siem Reap, ou via un rabatteur à Phnom Penh. C'est présenté comme une expérience humaine, pas comme un problème éthique. La deuxième raison tient à la psychologie du don. Donner à un enfant procure une gratification immédiate, visible, photographiable. Donner à une coopérative agricole ou à un programme de micro-crédit produit le même impact, voire un impact supérieur, mais ne se matérialise pas dans une photo virale. Le marketing humanitaire des orphelinats joue sur ce besoin de gratification instantanée. La troisième raison, c'est que les autorités cambodgiennes ont longtemps fermé les yeux. Un orphelinat génère de l'emploi local, attire des devises, et permet à certaines élites locales d'avoir des partenariats avec des ONG occidentales. Depuis 2017, le gouvernement cambodgien a renforcé les contrôles et fermé plusieurs centres non conformes, mais le mouvement reste fragile.
École communautaire cambodgienne avec enfants en classe et enseignante locale
L'éducation communautaire offre une alternative durable et respectueuse aux centres pour enfants, favorisant l'autonomie locale.

Les vraies alternatives : éducation communautaire, micro-crédit, ferme bio

Camille : Imaginons un voyageur français, 25 ans, qui veut donner deux mois à une cause utile au Cambodge. Concrètement, que lui proposez-vous ?
Sophie : Trois grandes familles d'engagement sortent du lot. La première, c'est l'éducation communautaire. Au lieu d'enseigner l'anglais à des enfants places dans un orphelinat, on intervient dans une école publique de village, en binôme avec une enseignante cambodgienne. L'enfant rentre chez ses parents le soir, il garde son cadre familial, et on renforce un système scolaire local au lieu de créer une bulle parallèle. Nous avons une dizaine d'écoles partenaires dans la province de Kampong Speu, où les volontaires accompagnent l'enseignement de l'anglais et soutiennent les enseignants dans la préparation des cours. La deuxième famille, c'est l'appui aux micro-entreprises et aux coopératives. On aide une coopérative de femmes tisserandes à digitaliser sa comptabilité, à construire un site de vente en ligne, à développer son packaging pour l'export. C'est moins émotionnel qu'un sourire d'enfant, mais l'impact sur les revenus des familles est mesurable et durable. Quand une femme augmente son revenu, ses enfants restent à l'école, mangent mieux, et n'ont pas besoin d'un orphelinat. La troisième famille, c'est l'agriculture biologique et la permaculture. Le Cambodge perd ses sols à cause des intrants chimiques. Plusieurs projets locaux forment des paysans aux pratiques agroécologiques. Un volontaire avec des compétences en agronomie ou en permaculture peut faire une différence énorme. Nous travaillons avec une ferme-école près de Battambang qui accueille deux à trois volontaires permanents.

Ces trois familles de projets partagent un point commun : elles renforcent des structures déjà ancrées localement, plutôt que de créer une dépendance nouvelle. Voici les principaux types de projets solidaires que Sophie Lemaire recommande, avec le public qu'ils aident réellement :

Type de projetPublic aidéStructure d'accueil
Éducation communautaireEnfants scolarisés dans le système public, enseignants locauxÉcoles publiques de village, en binôme avec une enseignante cambodgienne
Micro-crédit et coopérativesFemmes artisanes, familles à faible revenuCoopératives de tisserandes, groupements de producteurs
Agriculture biologique / permaculturePaysans et familles ruralesFermes-écoles, projets agroécologiques près de Battambang

Les critères pour choisir une ONG sérieuse au Cambodge

Camille : Comment un futur volontaire peut-il distinguer une ONG sérieuse d'une vitrine ? Le marché est saturé d'offres.
Sophie : Cinq critères très concrets. Premier critère, l'enregistrement officiel : l'ONG doit être enregistrée au Ministère de l'Intérieur cambodgien et publier son numéro d'agrément. Sans cela, c'est juridiquement une coquille vide. Deuxième critère, la transparence financière : elle publie ses comptes annuels, son budget détaillé, la répartition entre frais de fonctionnement et action de terrain. Troisième critère, la gouvernance mixte : un conseil d'administration qui inclut des Cambodgiens, et pas seulement des Occidentaux qui font la leçon. Le projet doit être porté par les locaux, pas imposé depuis Paris ou Genève. Quatrième critère, la politique de protection de l'enfance : un document écrit, signé par tous les volontaires, qui interdit les photos non consenties, le contact non encadré, les donations en argent direct aux enfants. C'est non négociable. Cinquième critère, le bouche-à-oreille des anciens volontaires. Demandez systématiquement à parler à deux ou trois personnes qui ont fait la mission avant vous. Une ONG qui refuse, qui dit que les contacts sont confidentiels, qui invente des excuses, est suspecte. Une ONG transparente vous mettra en relation en quelques jours.

Avant de vous engager, posez ces questions précises à l'ONG que vous envisagez :

  1. Êtes-vous enregistrés officiellement auprès du Ministère de l'Intérieur cambodgien, et pouvez-vous me communiquer votre numéro d'agrément ?
  2. Publiez-vous vos comptes annuels et quelle part du budget va réellement au terrain ?
  3. Votre conseil d'administration inclut-il des Cambodgiens, et le projet est-il piloté localement ?
  4. Avez-vous une politique écrite de protection de l'enfance que je devrai signer avant de partir ?
  5. Pouvez-vous me mettre en contact avec un ou deux anciens volontaires ?

Le rôle des agences de voyage solidaire au Cambodge

Camille : Beaucoup de voyageurs passent par des agences de voyage solidaire françaises pour organiser leur séjour. Quel regard portez-vous sur cette intermédiation ?
Sophie : C'est un secteur très hétérogène. Certaines agences font un travail remarquable : elles travaillent depuis vingt ans avec les mêmes ONG cambodgiennes, leurs guides sont locaux, elles refusent les visites d'orphelinats même quand le client le demande. D'autres surfent sur la vague du voyage solidaire pour vendre des séjours emballés en vert mais dont l'impact réel est faible. Le bon test, c'est la transparence sur la répartition du prix. Une agence floue qui parle de tourisme équitable sans donner de chiffres pose question. Privilégiez les agences membres de l'ATES en France, qui impose une charte éthique stricte. Et croisez avec les sites comme tourisme communautaire qui référencent les structures partenaires réelles. Une agence solidaire ne refuse jamais qu'on contacte directement le partenaire local, elle vous y encourage même.

L'âge, les compétences, le budget : qui peut faire un volontariat utile

Camille : Y a-t-il un âge ou un profil idéal pour faire du volontariat au Cambodge, ou est-ce ouvert à tous ?
Sophie : L'âge légal commence à 18 ans, mais en pratique nous demandons 21 ans pour les missions avec enfants. Plus important que l'âge, ce sont les compétences. Le mythe du jeune volontaire qui débarque sans qualification et qui sauve le monde est une fiction marketing. Sur le terrain, ce qui aide, c'est une compétence professionnelle précise. Un infirmier qui peut former le personnel d'un dispensaire rural, un agronome qui maîtrise la permaculture, un comptable qui aide une coopérative à tenir ses livres, un graphiste qui refait l'identité visuelle d'une ONG locale : ces profils transforment vraiment quelque chose. Le jeune diplômé de Sciences Po qui veut faire une expérience humaine sans savoir-faire transférable peut être utile dans certains contextes, mais il ne transforme rien en deux semaines. Cela couvre l'hébergement chez une famille hôte, les repas, l'accompagnement coordinateur, l'assurance et la contribution au projet.

Les pièges classiques : ONG vitrines, frais excessifs, missions courtes

Camille : Quels sont les signaux d'alerte qui doivent faire fuir un futur volontaire ?
Sophie : Premier signal, la durée minimum trop courte. Si une ONG accepte un volontaire pour une semaine, c'est qu'elle gère un flux touristique déguisé. La durée minimum éthique est de quatre semaines, l'idéal entre huit semaines et trois mois. En dessous, le volontaire n'a pas le temps de comprendre le contexte, de maîtriser sa mission et de transmettre quelque chose. Deuxième signal, la mise en scène des enfants. Si la présentation marketing met en avant des photos d'enfants vulnérables, des sourires en gros plan, des clichés sur la pauvreté photogénique, fuyez. Une ONG éthique met en avant ses partenaires locaux adultes, ses programmes, ses résultats mesurables, pas la souffrance. Troisième signal, l'absence de phase de sélection. Une ONG sérieuse vous fait remplir un questionnaire détaillé, organise un entretien Skype, demande des références. Si on vous accepte sans vérification, c'est que votre profil n'a aucune importance, ce qui veut dire que la mission n'est pas sérieuse. Quatrième signal, les frais extra opaques. Au-delà du forfait initial, on vous demande des dons supplémentaires sur place, des participations à des activités payantes, des donations directes aux enfants. Une ONG transparente fixe son coût au départ et n'ajoute rien d'autre que les dépenses personnelles du volontaire. Cinquième signal, l'absence de coordinateur sur place. Vous arrivez, on vous laisse vous débrouiller, personne ne vous accompagne. C'est le marqueur classique d'une ONG-vitrine qui empoche les frais et fait du minimum syndical.

Pour repérer rapidement une offre problématique, voici les principaux signaux d'alerte et ce qu'ils révèlent réellement :

Signal d'alerteCe qu'il révèle
Mission acceptée pour moins de 2 semainesFlux touristique déguisé, aucun encadrement sérieux possible
Photos d'enfants en gros plan dans le marketingMise en scène de la pauvreté, absence de politique de protection de l'enfance
Aucune sélection ni entretien préalableLe profil du volontaire n'a pas d'importance, la mission n'est pas structurée
Frais supplémentaires demandés sur placeManque de transparence financière, coût réel caché au départ
Absence de coordinateur localONG-vitrine qui empoche les frais sans suivi terrain
Village cambodgien avec projet solidaire d'agriculture biologique et famille d'accueil
Les projets solidaires en milieu rural permettent un soutien direct aux familles et le développement de l'économie locale.

Questions rapides : les idées reçues sur l'aide au Cambodge

Pour clore notre entretien, nous avons demandé a Sophie de réagir a quelques affirmations qui circulent souvent chez les voyageurs français. Format vrai/faux ou plutôt rumeur/réalité.

Donner de l'argent aux enfants des rues les aide-t-il ? Non. Cela alimente des réseaux de mendicité organisés et incite les familles a maintenir leurs enfants dehors plutôt qu'a l'école. Mieux vaut donner à une organisation locale identifiée comme Friends International qui sort les enfants de la rue.
Acheter une journée d'école pour un enfant pauvre, est-ce utile ? Pas sous cette forme. Les programmes de parrainage individuel créent des déformations dans les villages. Privilégiez les bourses d'études générales gérées par une ONG, qui bénéficient à tout un groupe sans créer de jaloux.
Le tourisme de masse à Angkor finance-t-il les Cambodgiens ? Très peu. La majorité des recettes va aux hôtels internationaux et aux opérateurs étrangers. Pour soutenir l'économie locale, dormez chez l'habitant, mangez dans les gargotes familiales, achetez aux artisans des ateliers coopératifs.
Les colonies de vacances solidaires pour adolescents français sont-elles éthiques ? Cela dépend totalement du programme. Une colonie qui mêle activités touristiques et journées dans un orphelinat reproduit le problème. Une colonie qui combine voyage culturel, immersion en famille hôte et projet de construction concret avec des artisans locaux est positive.
Adopter un enfant cambodgien est-il une démarche solidaire ? L'adoption internationale au Cambodge est suspendue depuis 2009 à cause de scandales de trafic d'enfants. Toute proposition d'adoption rapide est illégale et participe d'un réseau criminel.
Les programmes de woofing au Cambodge sont-ils développés ? Oui, plusieurs fermes biologiques accueillent des volontaires en échange du gîte et du couvert. C'est une excellente porte d'entrée pour découvrir la vie rurale cambodgienne avec un impact réel.
Construire une école en deux semaines avec un groupe de volontaires : utile ? Rarement. Les Cambodgiens construisent écoles et bâtiments mieux et moins cher que des volontaires français sans formation. L'argent dépensé en vol et en mission serait plus utile en don direct à l'ONG locale.

Conclusion : les trois choses à retenir avant de partir

Camille : Si vous ne deviez retenir que trois messages pour les voyageurs français qui veulent aider au Cambodge, quels seraient-ils ?
Sophie : Premier message, ne visitez jamais un orphelinat. Même si on vous le propose une fois sur place, même si la structure semble bien tenue, même si les enfants ont l'air heureux. Le simple acte de visiter renforce un système nuisible. C'est non négociable, et c'est la seule règle absolue de notre entretien. Deuxième message, votre temps vaut moins que vos compétences. Une présence courte sans qualification a peu d'impact. Une présence longue avec une vraie expertise transforme un projet. Réfléchissez à ce que vous savez faire de mieux, et cherchez l'ONG qui en a besoin. Le Cambodge a besoin d'agronomes, d'infirmiers, de gestionnaires, d'enseignants formés, plus que d'animateurs occasionnels. Troisième message, l'argent bien donné vaut souvent mieux que le temps mal donné. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, soutenez financièrement une ONG dont vous avez vérifié le sérieux. Le voyage solidaire n'est pas une obligation morale, c'est un choix qui doit être fait avec lucidité. Si vous décidez de partir, faites-le bien. C'est ce que les Cambodgiens attendent vraiment de nous.
A retenir : le volontourisme non éthique n'est jamais neutre pour les enfants concernés. Chaque rotation de visiteurs peut fragiliser un lien d'attachement déjà précaire, et chaque visite finance indirectement un système qui incite à séparer des enfants de familles pauvres plutôt qu'à les soutenir. Choisir une alternative éthique n'est donc pas un détail logistique, c'est la condition de base pour que votre engagement fasse plus de bien que de mal.

Pour prolonger l'entretien et organiser un séjour responsable au Cambodge, consultez notre guide du volontariat international et nos conseils pour dormir chez l'habitant au Cambodge. Pour un panorama plus large des engagements solidaires en Asie, le site de l'UNICEF publie régulièrement des rapports sur la protection de l'enfance dans la région.

Questions fréquentes

Comment faire du volontariat éthique au Cambodge ?

Pour faire du volontariat éthique au Cambodge, choisissez une ONG qui ne propose pas de visites d'orphelinats, qui exige une durée minimum de 4 à 8 semaines, qui demande des compétences professionnelles précises, et qui publie ses comptes annuels. Privilégiez les programmes d'éducation communautaire, de micro-crédit, d'agriculture biologique ou de soutien aux familles. Vérifiez que l'ONG a une présence terrain réelle, des partenaires locaux khmers et une politique de protection de l'enfance écrite.

Combien coûte le volontariat solidaire au Cambodge ?

Ce montant couvre l'hébergement chez une famille d'accueil, les repas, l'accompagnement par un coordinateur local, l'assurance et la contribution aux projets locaux.

Faut-il parler khmer pour faire du volontariat ?

Les ONG sérieuses prévoient un traducteur ou un coordinateur bilingue. En revanche, apprendre quelques bases (salutations, chiffres, expressions de politesse) avant le départ est très apprécié et facilite l'intégration. Pour les missions d'enseignement, l'anglais est souvent la matière enseignée.

Quelle durée minimum pour un volontariat utile ?

La durée minimum recommandée pour un volontariat réellement utile au Cambodge est de quatre semaines, avec un idéal entre huit semaines et trois mois. En dessous de quatre semaines, le volontaire n'a pas le temps de comprendre le contexte, de maîtriser sa mission ni de transmettre des compétences durables. Les ONG éthiques refusent généralement les missions de moins de deux semaines, qui relèvent du tourisme déguisé. Pour les programmes pédagogiques avec enfants, six mois minimum sont conseillés afin d'éviter l'effet de rotation traumatisant.

Comment vérifier qu'une ONG est sérieuse ?

Pour vérifier le sérieux d'une ONG cambodgienne, contrôlez cinq éléments : son enregistrement officiel auprès du Ministère de l'Intérieur cambodgien, ses comptes annuels publiés, la présence d'un conseil d'administration mixte (cambodgiens et internationaux), une politique écrite de protection de l'enfance signée par tous les volontaires, et des partenariats avec des institutions locales reconnues comme les écoles publiques ou les centres de santé. Un site internet professionnel sans ces informations est un signal d'alerte. Demandez aussi à parler à un ancien volontaire avant de vous engager.

À lire aussi

Témoignage complémentaire : lisez notre interview de Marie Lefebvre, coordinatrice de projets solidaires à Siem Reap pendant 8 mois — elle y aborde notamment comment identifier les associations sérieuses.