9 juin
2026
Volontariat auprès de la faune sauvage en 2026 : interview avec la Dr Sarah Morin, vétérinaire ONG BioSave
Par Very Green Trip Volontariat & Bénévolat
Dr Sarah Morin — Vétérinaire et coordinatrice du programme de volontariat faune sauvage, ONG BioSave, Lyon
Docteure vétérinaire spécialisée en faune sauvage. 6 ans d'expérience de terrain sur des projets de conservation en Afrique du Sud, au Costa Rica et en Ukraine. Coordinatrice du programme international de volontariat de l'ONG BioSave depuis 2022.
Entretien réalisé par Very Green Trip, juin 2026.
Vétérinaire de terrain et coordinatrice : un double engagement
Sarah Morin a commencé sa carrière dans une clinique vétérinaire lyonnaise avant qu'un voyage de volontariat au Kenya ne change définitivement la direction de sa vie professionnelle. Aujourd'hui, à 33 ans, elle coordonne le programme de volontariat international de BioSave — une ONG lyonnaise qui travaille avec des partenaires locaux dans 12 pays pour la protection des espèces menacées. Elle a accepté de nous donner son regard sans complaisance sur le secteur du volontariat animalier, entre projets exemplaires et dérives touristiques.
Pour replacer ce type de volontariat dans l'écosystème plus large du tourisme responsable, consultez aussi notre guide sur l'écovolontariat international en 2026, qui explore toutes les formes de volontariat alternatif au bénévolat payant.
Comment rejoindre concrètement un programme de volontariat faune sauvage ?
Sarah, pour quelqu'un qui veut faire du volontariat auprès d'animaux sauvages sans formation vétérinaire — par où commencer ?
La première chose à clarifier, c'est votre motivation réelle. Est-ce que vous voulez contribuer à la conservation d'une espèce spécifique ? Apprendre des compétences de terrain ? Vivre une expérience culturelle particulière ? La réponse à ces questions oriente radicalement le choix du programme. Ensuite, il faut distinguer deux types de programmes. Les programmes scientifiques rigoureux — où vous travaillez comme assistant de recherche sous la supervision de biologistes et vétérinaires — et les programmes plus "tourisme animalier" habillés en conservation. Les premiers sont souvent moins glamour mais infiniment plus utiles.
Quels sites ou plateformes recommandez-vous pour trouver ces programmes sérieux ?
Pour les programmes gratuits ou peu coûteux, Workaway et HelpX référencent des sanctuaires éthiques qui cherchent des bénévoles pour des tâches non techniques. Pour les programmes scientifiques complets, je recommande de chercher directement sur les sites des ONG reconnues : Wildlife ACT en Afrique du Sud, Born Free Foundation, Sea Turtle Conservancy au Costa Rica, WildCRU à Oxford. Le Volunteer World et Worldpackers ont aussi des filtres de qualité décents. L'important est de vérifier la transparence financière de l'organisation — une ONG sérieuse publie ses comptes annuels.
Comment distinguer les projets sérieux du simple tourisme animalier ?
Il existe beaucoup de "voluntourism" animalier de mauvaise qualité. Comment reconnaître les dérives ?
Les signaux d'alerte sont assez évidents une fois qu'on les connaît. Premier signal : si on vous propose de prendre des photos avec un lion en cage ou un bébé tigre — c'est du tourisme, pas de la conservation. Les grandes félins en cage ne sont jamais relâchables et leur reproduction en captivité n'est pas liée à la conservation des espèces sauvages. Deuxième signal : si un sanctuaire fait monter des visiteurs sur des éléphants — fuir. Un éléphant dompté pour porter des touristes a subi des traumatismes graves. Troisième signal : si l'organisation ne peut pas vous dire précisément combien d'animaux ont été soignés et relâchés dans la nature l'année précédente, c'est qu'il n'y en a pas eu.
Quels critères doit remplir un sanctuaire éthique pour mériter ce qualificatif ?
Un sanctuaire éthique a pour objectif principal le bien-être de l'animal et, si possible, son retour à la vie sauvage. Concrètement : les animaux ne sont pas exploités comme attraction touristique, ils ne sont pas en contact prolongé avec les humains sauf nécessité médicale, l'organisation est membre de GFAS (Global Federation of Animal Sanctuaries) ou d'un équivalent national reconnu, et le personnel permanent inclut des vétérinaires qualifiés. Les vrais sanctuaires ne s'en cachent pas — ils publient leurs protocoles de soin et leurs résultats de réhabilitation.
Les meilleures destinations pour le volontariat faune sauvage en 2026
Quelles destinations recommandez-vous particulièrement en 2026 pour ce type de volontariat ?
L'Afrique du Sud reste incontournable pour la diversité des projets. Le Limpopo et le KwaZulu-Natal concentrent des programmes sur les Big Five, les rhinocéros particulièrement menacés, et les pingouins africains de la côte. Le Costa Rica est la référence pour la faune marine — les tortues caouannes de la plage Tortuguero arrivent à pondre de juin à septembre, et les projets de baguage et de comptage accueillent des volontaires sans qualification. La Namibie est idéale pour ceux qui s'intéressent aux grands carnivores — le Centre de Recherche sur les Guépards à Otjiwarongo a un programme très structuré. Et en Europe, le programme de réintroduction du loup en Roumanie et en Ukraine développe des besoins croissants en volontaires pour le suivi de population.
Vous avez mentionné l'Ukraine. Le contexte rend-il ce type de volontariat difficile ?
Nous avons des partenaires en Ukraine depuis 2021, avant le conflit. Certaines zones restent accessibles pour le volontariat faune sauvage dans l'ouest du pays — les Carpates ukrainiennes ont des programmes actifs sur les lynx et les loups. La question de la faune sauvage n'attend pas la fin des conflits — au contraire, les zones démilitarisées deviennent parfois des réfuges involontaires pour les espèces menacées, un phénomène documenté en Europe. Des organisations partenaires comme ukrainetrips.com documentent d'ailleurs la richesse naturelle des régions ukrainiennes et les enjeux de préservation de la faune sauvage en Europe de l'Est dans un contexte difficile mais crucial.
Quelles compétences et quels profils sont recherchés ?
Quels types de profils recrutez-vous chez BioSave pour vos programmes de volontariat ?
Nous recevons des profils très variés. Des biologistes et vétérinaires en début de carrière qui cherchent une expérience de terrain internationale — ils s'intègrent dans les équipes médicales et de recherche. Des gens issus de formations complètement différentes — des enseignants qui apportent leurs compétences en éducation environnementale dans les communautés locales, des photographes qui documentent nos projets, des développeurs web qui travaillent sur nos outils de suivi de données. Et beaucoup de personnes en reconversion professionnelle qui veulent passer du temps à travailler sur quelque chose qui a du sens. Les compétences recherchées sont donc très larges. Ce qui ne change jamais : une bonne condition physique, la capacité à s'adapter à des conditions rustiques, et une vraie humilité face à la complexité du terrain.
Faune sauvage en Europe de l'Est : un enjeu sous-estimé
Vous travaillez notamment sur des projets en Europe de l'Est — une région peu connue pour la conservation de la faune. Pourquoi est-ce important ?
C'est une région qui concentre une biodiversité remarquable que peu de gens imaginent. La forêt de Białowieża en Pologne et en Biélorussie est la dernière forêt primaire d'Europe et abrite des bisons libres. Les Carpates roumaines ont la plus grande population de loups et d'ours bruns d'Europe occidentale. Les zones humides du delta du Danube — partagées entre la Roumanie et l'Ukraine — sont une halte migratoire majeure pour des millions d'oiseaux. Ces habitats sont sous pression croissante : fragmentation par les infrastructures, braconnage, changements climatiques qui modifient les cycles de migration. Les programmes de volontariat en Europe de l'Est permettent de contribuer à des projets concrets dans des écosystèmes moins médiatisés que l'Afrique ou l'Amazonie, mais tout aussi essentiels.
L'éthique du volontariat animalier : les questions difficiles
Le volontariat faune sauvage payant — on paye des milliers d'euros pour "aider" — n'est-il pas fondamentalement problématique ?
C'est la question la plus honnête qu'on puisse poser sur notre secteur. Ma réponse nuancée : ce n'est pas problématique si les fonds vont réellement à la conservation et si le travail du volontaire est utile — pas juste une activité de feel-good pour le bénévole. Chez BioSave, nos programmes payants (2 500 à 4 000 euros pour 3-4 semaines) financent 40% du budget opérationnel de nos projets de terrain. Sans ces fonds, plusieurs programmes feraient faillite. Mais je comprends la critique quand certaines organisations encaissent 5 000 euros par volontaire pour leur faire ramasser des déchets une heure par jour — là, c'est de l'exploitation, pas de la conservation. Pour tout financement de ce type, exigez un bilan financier annuel et demandez quel pourcentage de vos frais va directement au programme de conservation.
Pour les woofers et écovolontaires qui veulent une première expérience moins coûteuse, quelles alternatives existent ?
Workaway et HelpX référencent des sanctuaires et fermes animalières éthiques qui cherchent des volontaires pour des tâches non spécialisées — nettoyage des enclos, préparation des repas, entretien des espaces verts, accueil des visiteurs. Ce n'est pas du travail de conservation scientifique, mais c'est une façon concrète de contribuer à un sanctuaire éthique à coût minimal. Les projets de volontariat et homestay en Asie du Sud-Est offrent aussi des combinaisons intéressantes entre travail agricole et conservation locale. Et pour comprendre tous les modèles de volontariat disponibles, notre guide complet du woofing 2026 détaille les différentes plateformes et leurs coûts.
Un dernier message pour nos lecteurs qui hésitent à franchir le pas ?
La faune sauvage n'a pas besoin d'héros — elle a besoin de personnes ordinaires qui s'engagent régulièrement, même modestement. Un weekend à compter des oiseaux migrateurs dans une réserve française, une semaine à aider un sanctuaire de tortues au Sri Lanka, ou un mois sur un projet de suivi des grands prédateurs en Roumanie — chacune de ces contributions compte dans la masse de données qui permettent aux scientifiques de comprendre et de protéger les espèces. La présence humaine attentive et bien orientée est une ressource précieuse. Ne sous-estimez pas ce que vous pouvez apporter, même sans formation spécialisée. Pour explorer le tourisme communautaire qui complète souvent ces expériences, notre guide du tourisme communautaire offre des pistes complémentaires.
Idées reçues sur le volontariat faune sauvage
| Idée reçue | Vrai ou faux ? |
|---|---|
| Il faut être vétérinaire pour participer | ❌ Faux — La plupart des tâches (suivi, données, logistique, éducation) ne nécessitent aucune formation médicale. Les vétérinaires sont nécessaires pour les soins, pas pour tout le reste. |
| Un "sanctuary" sur l'étiquette = éthique garanti | ❌ Faux — N'importe quelle structure peut s'appeler "sanctuary". Vérifiez l'appartenance à GFAS et les pratiques réelles (pas de contact touristique, objectif de réhabilitation). |
| Les animaux en captivité pour le tourisme contribuent à l'espèce sauvage | ❌ Faux — La quasi-totalité des lions et tigres en captivité dans les "sanctuaires" touristiques ne sont jamais relâchés et ne contribuent pas à la conservation des espèces sauvages. |
| Plus c'est cher, plus c'est sérieux | ⚠️ Faux — Le prix n'est pas une garantie de qualité. Des programmes très onéreux sont parfois des "feelgood tourism". Exigez la transparence financière. |
| Le volontariat faune sauvage ne concerne que l'Afrique | ❌ Faux — Des programmes existent en Europe (lynx des Carpates, bison de Białowieża, loup en Italie), en Amérique latine (tortues, jaguars), en Asie (tigres, orangs-outans, dauphins de rivière). |
| On peut interagir librement avec les animaux "pour leur bien" | ❌ Faux — L'habituation aux humains réduit les chances de survie des animaux sauvages après relâchage. Les contacts sont minimisés dans les programmes sérieux. |
Les 3 choses à retenir de cet entretien
- Distinguez conservation et tourisme animalier déguisé : pas de photos avec des lions en cage, pas d'éléphants de promenade, pas de sanctuaires sans liste de relâchages. Ce sont les signaux d'alerte non négociables.
- Vous n'avez pas besoin d'être vétérinaire : les projets sérieux ont besoin d'éducateurs, de compteurs de données, de photographes, de logisticiens — autant que de médecins. Votre profil a de la valeur.
- La transparence financière est le test ultime : une ONG qui refuse de publier ses comptes ou d'expliquer comment vos frais de participation sont utilisés ne mérite pas votre confiance, ni votre argent.
Questions fréquentes sur le volontariat faune sauvage
Faut-il être vétérinaire pour faire du volontariat faune sauvage ?
Non. La plupart des tâches (suivi de population, collecte de données, patrouilles, alimentation, entretien) ne nécessitent aucune formation vétérinaire. Les soins médicaux sont réservés aux professionnels qualifiés.
Quels sont les meilleurs projets de volontariat faune sauvage en 2026 ?
Wildlife ACT (Afrique du Sud), Sea Turtle Conservancy (Costa Rica), Born Free Foundation (Kenya, Éthiopie), WildCRU Oxford, BioSave (12 pays). Critères de sérieux : ONG enregistrée, publications scientifiques, politique de non-captivité, transparence financière.
Combien coûte un programme de volontariat faune sauvage ?
De gratuit (via Workaway pour certains sanctuaires) à 3 000-5 000 EUR pour des programmes de 2-4 semaines. Exigez toujours la répartition des frais — quelle part va au programme vs aux frais administratifs.
Qu'est-ce qu'un sanctuaire éthique ?
Un sanctuaire éthique n'autorise pas l'interaction touristique avec les animaux sauvages, a pour objectif le retour en nature quand possible, et est membre de GFAS ou d'un équivalent national reconnu. Les animaux ne sont pas exploités comme attraction.
Quelle est la meilleure destination pour le volontariat faune sauvage ?
Afrique du Sud pour le Big Five, Costa Rica pour la faune marine (tortues), Namibie pour les grands carnivores, Roumanie et Ukraine pour la faune d'Europe de l'Est (loups, lynx, bison). Chaque destination a sa spécialité.
